Une
carrière de Tambour-Major…
Entretien avec Guy Coutanson
article paru dans "Tambours de 89"
de Janvier 2008
Édile : quel a été ton premier contact avec la musique ?
Dès l’âge de sept ans, en débutant la musique au clairon dans la Batterie-Fanfare de ma ville natale, en Haute-Loire.
Cette
association adhérait à la Fédération Sportive et Culturelle
de France et proposait une formation musicale avec des cadres
compétents. Le premier Conservatoire était à plus d’une
heure de route de chez nous, à Saint-Etienne ; alors,
suivre des cours dans ces conditions ne paraissait pas
envisageable.
Édile : à quelle époque as-tu décidé de devenir Tambour-Major ?
Il n’y a pas eu une époque précise, mon
parcours étant un peu atypique. Imprégné dès mon plus jeune
âge par tout ce qui émane de ce milieu très spécifique et
passionné de la Batterie-Fanfare, il m’a été permis de
progresser, de suivre des stages, de passer des concours puis,
petit à petit de gravir les échelons, sous l’égide de confédérations
musicales, jusqu’à y devenir plus tard moi-même formateur.
Bien sûr, par la suite, un cursus traditionnel (Conservatoire)
a suivi. L’ensemble de mon parcours d’apprentissage et
l’exemple de personnalités comme Robert Goute et Gabriel
Ferrand ont fait naître en moi l’espoir d’intégrer une des
Batteries-Fanfares professionnelles françaises. Pendant le
service militaire, mon objectif fut de réussir le concours
d’admission dans l’une d’elles, non sans avoir eu la
prudence d’obtenir un bac scientifique afin de reprendre des
études au cas où… Après avoir réussi le concours, la
Batterie-Fanfare de la Musique de la Police Nationale me
comptait comme instrumentiste dans ses rangs le 1er
octobre 1975.
Édile : c’est donc au sein de cette formation que tu as progressé
jusqu’au poste de Tambour-Major ?
En effet, il y avait quelques « originaux », comme moi, qui venaient du milieu populaire de la Batterie-Fanfare. Nous n’étions qu’une « poignée » à l’époque, alors que la quasi-totalité des musiciens était issue des Conservatoires Nationaux Supérieurs. Mes études musicales, en parallèle à mon implication dans la Batterie-Fanfare et les Confédérations m’ont permis de pratiquer, outre mon instrument de prédilection, la trompette, les autres instruments (clairon, cor, tambour, percussions) mais aussi l’écriture et la direction. Ensuite tout s’est naturellement enchaîné : Concours pour le poste deTambour-Major adjoint en 1985, puis Tambour-Major titulaire en 1988.
Édile : à quelques mois de la retraite, as-tu le sentiment
d’avoir réussi ta carrière ?
Ce qui compte réellement, c’est la dimension humaine. L’investissement bénévole au sein des Confédérations, principalement à la Confédération Française des Batteries-Fanfares, a été l’une de mes préoccupations prioritaires. D’autre part, il me semble qu’être responsable d’une formation professionnelle implique tacitement une mission à remplir auprès du monde amateur. Elle consiste à répondre à toutes leurs attentes éducatives et pédagogiques, notamment l’exemplarité de nos prestations avec un souci d’évolution du répertoire par la création et l’enregistrement. Mais peut-on réussir sans la dimension humaine ? À ce titre, mes chaleureux remerciements vont à tous ceux qui ont croisé ma route. Que ce soit pour recevoir, pour donner ou pour partager, nous avons vécu des échanges extraordinaires. Espérons que cela durera encore longtemps…
Édile : si nous parlions de répertoire !
Rendons avant tout hommage aux précurseurs et créateurs du phénomène Batterie-Fanfare ; Tout d’abord à Monsieur Robert Goute qui a eu l’idée de créer un véritable orchestre en sortant les instruments d’ordonnance de leur utilisation strictement militaire. De nombreux compositeurs tels que Jacques Devogel, Guy Luypaerts, Laurent Delbecq, Roger Fayeulle, Pierre Saaorborg et bien d’autres ont suivi, créant un répertoire d’une grande richesse.
Édile : est-il difficile de composer pour Batterie-Fanfare ?
Oui, en raison de contraintes restrictives
(tessitures) ; par contre, la beauté des timbres de ces
instruments « naturels » constitue un atout majeur.
Mes compositions ont davantage contribué à l’élargissement
du répertoire plus qu’à son évolution en abordant par
imitation, le jazz, le rock, la salsa, etc… Une voie vers les
ensembles de cuivres a été ouverte, il a fallu du temps, mais
cela semble « porter ses fruits » aujourd’hui. À
ma demande, des « plumes » extérieures au milieu BF
(Marc et Franck Steckar, Mico Nissim, Xavier Lemasne,
Jean-Pierre Pommier, Mickey Nicolas, Désiré Dondeyne, Pierre
Bigot, Jean Brouquières, etc…) ont élargi notre horizon. Ces
compositeurs de renom ont toujours été séduits par le
potentiel des couleurs sonores et le défi créatif à relever.
Ils ont bien compris qu’on ne valoriserait pas et qu’on ne
ferait pas évoluer cet orchestre par l’imitation ou
l’arrangement.
Édile : créativité et originalité sont les maîtres mots ?
Certes, mais la démarche musicale doit être une priorité incontournable ; Il est regrettable que certaines compositions privilégient les difficultés rythmiques et techniques comme si cela pouvait être une fin en soi. Citons le Boléro Militaire de Jacques Devogel qui est un véritable petit chef d’œuvre. Nous parlions précédemment de Robert Goute ; l’œuvre pour le tambour de ce « grand Monsieur » est avant tout celle d’un musicien ; il y a un sens musical indéniable dans ses Marches de l’Air, dans Réflexes ou dans Fantaisie Percutante , entre autres.
Édile : que penses-tu du Rap ?
Souvent, le style Batterie-Fanfare a été déconsidéré, dénigré, rejeté, regardé d’un mauvais œil par d’autres milieux musicaux. N’adoptons pas cette attitude face aux « rappeurs », même si le message véhiculé par leurs textes semble primer sur toute considération musicale. Le Rap aborde les grands thèmes universels et malheureusement parfois dans la violence et l’agressivité. Sinon le Rap, pourquoi pas ? En tout cas, nous aussi, nous avons un public de passionnés. D’ailleurs, les salles où nous nous produisons sont très souvent combles, et n’en déplaise à certains, il y a encore un bel avenir pour la Batterie-Fanfare.
Édile : à quelle hauteur lances-tu la canne ?
Un orchestre qui joue, c’est un aboutissement, mais aussi une source émotionnelle. Si le chef a compris comment donner aux autres, au public, aux musiciens, l’envie de participer, de construire ensemble, de partager un moment de vie et d’être heureux, non pas seulement au concert, mais aussi lors de sa préparation, alors, le véritable objectif est atteint. N’est-ce pas là aussi une façon de lancer la canne très haut ?
Propos recueillis par Gérard Candel.